Ce mois-ci, un carnet de voyage à Budapest entre ombre et lumière, et les toiles monumentales de Kerry James Marshall au Musée d'Art Moderne de Paris.
VOYAGE
Budapest, trois façons de regarder la même ville
Le Parlement vu depuis Buda, à l'heure où les dorures s'allument sur le Danube.
Cinq jours, deux rives, et la conviction qu'on ne photographie jamais une ville une seule fois.
J'avais lu quelque part que Budapest se divisait en deux : Buda la monumentale, Pest l'énergique. Sur place, la frontière est moins nette que prévu (…)
Cinq jours, deux rives, et la conviction qu'on ne photographie jamais une ville une seule fois.
J'avais lu quelque part que Budapest se divisait en deux : Buda la monumentale, Pest l'énergique. Sur place, la frontière est moins nette que prévu.
Depuis le Bastion des pêcheurs, on prend de la hauteur sur les toits et les coupoles ; en traversant le pont, on retombe dans les avenues, les passages, les cafés. Le même fleuve, deux rythmes de marche.
Ce qui m'a occupé, ces cinq jours, ce n'est pas tant de cocher les monuments que de comprendre à quelle heure chacun se donne vraiment. Le Parlement se regarde depuis Buda au couchant, quand les dorures s'allument. Les bains Széchenyi se photographient le matin, en lumière directe. Le quartier juif, lui, n'existe vraiment qu'une fois la nuit tombée — ruin bars, néons, Danube noir.
Trois séries sont nées de ce déséquilibre entre les heures : Jour Noir, nuit Blanche, sur les contrastes nocturnes et les reflets sur le bitume ; Pourpre et or, sur les matières et dorures du Parlement ; Les heures claires, sur l'atmosphère plus posée des bains Széchenyi. Toutes trois à paraître dans les prochaines semaines sur le site.
Une ville qui tient sur deux rives, mais qui ne se regarde jamais de la même façon deux jours de suite — c'est sans doute pour ça qu'on y reste cinq jours plutôt qu'un week-end.
EXPOSITION
Face à une toile de plusieurs mètres, le visiteur recule avant de s'approcher — la distance fait partie de l'œuvre.
Kerry James Marshall peint l'histoire en très grand format
Soixante-dix œuvres, huit peintures inédites, et des toiles qui obligent à reculer pour les prendre en entier — The Histories, au Musée d'Art Moderne de Paris, ne se regarde pas, elle s’encaisse.
Ce qui frappe d'abord, ce n'est pas le sujet mais le format. Kerry James Marshall peint à l'échelle du mur, et cette taille n'est pas un effet : elle force une distance de lecture, puis une approche, puis un nouveau recul (…)
Soixante-dix œuvres, huit peintures inédites, et des toiles qui obligent à reculer pour les prendre en entier — The Histories, au Musée d'Art Moderne de Paris, ne se regarde pas, elle s'encaisse.
Ce qui frappe d'abord, ce n'est pas le sujet mais le format. Kerry James Marshall peint à l'échelle du mur, et cette taille n'est pas un effet : elle force une distance de lecture, puis une approche, puis un nouveau recul.
On comprend une toile en s'en éloignant, comme on règle une mise au point. C'est une leçon de composition autant qu'une leçon d'histoire.
Car l'autre strate, documentaire, ne quitte jamais l'image. Le Passage du milieu, les droits civiques, le Black Power, des pans entiers de l'histoire africaine : Marshall peint des scènes qui existent parce qu'il les invente — des portraits imaginaires de figures comme Harriet Tubman, faute d'archives visuelles. L'œuvre comble un vide plutôt qu'elle n'illustre un fait établi.
Et puis il y a cette autre veine, plus discrète dans les salles mais qui vaut le détour : la série Vignette, qui emprunte au vocabulaire de la bande dessinée et des cartes de vœux américaines pour peindre des couples noirs enlacés. Changement de registre total — on passe du mur-fresque au vignette-récit — et c'est peut-être là que Marshall est le plus personnel : dans ce glissement d'un système graphique à un autre, selon ce qu'il a à raconter.
On ressort du MAM avec une question plus qu'une certitude : à quelle distance faut-il se tenir d'une image pour vraiment la voir ?
ACTUALITÉ
Sur la péniche, les livres se feuillettent debout, entre deux conversations avec leurs éditeurs.
Polycopies, le livre photo vu depuis la Seine
Pendant que Paris Photo attire les projecteurs au Grand Palais, une centaine d'éditeurs et libraires se serrent sur une péniche amarrée au Port de Solférino, face au 23 quai Anatole France. C'est Polycopies (…)
Pendant que Paris Photo attire les projecteurs au Grand Palais, une centaine d'éditeurs et libraires se serrent sur une péniche amarrée au Port de Solférino, face au 23 quai Anatole France. C'est Polycopies.
J'aime ce contraste d'échelle : d'un côté les stands des grandes galeries, de l'autre des tables où un éditeur tient parfois seul son propre catalogue, imprimé à quelques centaines d'exemplaires. On y feuillette plus qu'on n'y regarde — un livre se prend en main, se retourne, se sent presque.
Le programme mêle traditionnellement lectures de portfolios, tables rondes et rencontres, avec cette année encore une attention particulière au livre pour enfants et à ses propres codes graphiques. L’édition 2026 se déroule du 11 au 15 novembre sur le Bateau Concorde-Atlantique - Berges de Seine, Port de Solférino - 75007 Paris (Métro: Assemblée Nationale ou Concorde ; RER C: Musée d’Orsay).
Pour qui veut comprendre comment une série devient un objet, c'est sans doute plus instructif qu'un stand de grand format.
PRATIQUE
Photographier dans les heures courtes
Depuis le changement d'heure, la lumière franche arrive dès 16h — et disparaît presque aussi vite.
J'ai longtemps vu ça comme une contrainte : moins d'heures utilisables, des journées qui se referment avant qu'on ait fini de marcher (…)
Depuis le changement d'heure, la lumière franche arrive dès 16h — et disparaît presque aussi vite.
J'ai longtemps vu ça comme une contrainte : moins d'heures utilisables, des journées qui se referment avant qu'on ait fini de marcher.
Mais la lumière basse de novembre a quelque chose que l'été n'offre jamais à cette heure-là — des ombres longues en plein après-midi, une golden hour qui ne demande plus de se lever à l'aube.
Ce qui change, surtout, c'est le rythme : on sort pour une heure précise plutôt que pour une après-midi entière. Moins de photos, mais choisies avant même de partir.
EXPOSITION
Sous la verrière du Grand Palais, deux cent vingt-quatre exposants et une seule visite pour tout voir.
Paris Photo fête les deux cents ans de la Photographie au Grand Palais
Du 12 au 15 novembre, 1 260 artistes et 224 exposants se partagent le Grand Palais pour la 29ᵉ édition de Paris Photo — année du bicentenaire de l'invention de la photographie (…)
Du 12 au 15 novembre, 1 260 artistes et 224 exposants se partagent le Grand Palais pour la 29ᵉ édition de Paris Photo — année du bicentenaire de l'invention de la photographie.
Ce qui frappe en arrivant, ce n'est pas la qualité des tirages, on s'y attend. C'est la quantité : des centaines de regards différents accrochés à quelques mètres les uns des autres, et l'impossibilité physique de tout voir en une seule visite. On finit toujours par choisir une allée plutôt qu'une autre, un peu au hasard.
Cette année, le Centre Pompidou y présente une centaine d'œuvres de sa collection, et le parcours Elles x Paris Photo met en avant les femmes photographes sous le commissariat d'Aldeide Delgado. De quoi resserrer le choix, un peu, avant d'entrer.
Un salon pensé pour acheter, mais qui reste la meilleure façon de prendre la température d'une année entière de photographie en un seul week-end.
ACTUALITÉ
Un vrai diaphragme s'installe sur l'iPhone 18 Pro
L'iPhone 18 Pro inaugure un diaphragme mécanique à six lames, réglable de f/1,48 à f/4 par paliers. Une première sur smartphone (…)
L'iPhone 18 Pro inaugure un diaphragme mécanique à six lames, réglable de f/1,48 à f/4 par paliers. Une première sur smartphone.
Sur le papier, ça ressemble à un argument marketing de plus. Dans les faits, l'écart reste modeste : avec un capteur aussi petit et un équivalent 24mm, le flou d'arrière-plan ne rivalise pas avec un vrai boîtier. Ce qui change vraiment, c'est ailleurs — à f/4, les sources lumineuses dessinent une étoile nette, un effet qu'aucun iPhone n'avait produit avant.
Reste à vérifier sur le terrain si ce diaphragme change la manière de composer, ou s'il restera un réglage qu'on oublie dans un menu.
AUTO-FOCUS
Ce qu’on a vu, où aller, comment le photographier, ce qu’il en reste
Je vous emmène en voyage…
Nouvelle rubrique sur degrainsdepixels.fr : PHOTO-TRIP raconte un voyage en entier, en quatre temps — impressions, bons plans, astuces et histoires d’images. Premier épisode : Budapest.
PHOTO-TRIP est la nouvelle rubrique du site : elle ne se contente pas de montrer un voyage, elle le raconte en quatre temps. MES IMPRESSIONS pose le décor et le ressenti du séjour. MES BONS PLANS réunit les lieux, les adresses et les repères utiles à qui voudrait refaire le trajet. MES ASTUCES transmet ce que le terrain apprend côté prise de vue — réglages, cadrages, choix de matériel. MES HISTOIRES revient sur une sélection d’images, le contexte qui les a fait naître et ce qu’elles racontent une fois réunies. Première destination : Budapest, où ces quatre entrées se répondent autour du Parlement, du Danube et des ruin bars du quartier juif.