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DE GRAINS & DE PIXELS

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Sur la route du photographe Bernard Plossu

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L'homme à la cape blanche dans une rue ventée à Agadez. Agadez a été de tous temps la ville du passage des nomades du désert, au Niger. Là arrivent tous les nomades pour aller au marché, se retrouver, et récupérer tout ce dont ils peuvent avoir besoin. Les Touaregs y habitent, et il y a un sultan de la ville.
Ce matin là, du vent, comme si souvent ici… L'homme marche devant moi, j'ai mon appareil dans mon turban, protégé de la poussière comme je peux, et je fais une petite photo en passant, vite… et je remets l'appareil, mon vieux Nikkormat avec un 50 mm, sous le voile, et voila…
C'est une ville extraordinaire, un peu comme Jaisalmer entre le Rajasthan et le Pakistan, des villes au milieu de nulle part mais qui sont la clé de la survie des trajets quelquefois immenses que font le nomades.

Agadez, Niger, 1975
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On est encore à Agadez, où ce groupe de jeunes Peuls Bororos chantent, en tapant des mains, de longues complaintes lancinantes : la musique du désert, si belle ! Les Bororos sont très indépendants, refusant les religions extérieures, ils ont leurs traditions nomadiques bien à eux, l'amour du bétail, la beauté des jeunes pour séduire les filles, les vêtements en peaux et tissus, avec comme seule note moderne des petites choses métalliques pour décorer une parure, une coiffure.
Je suis fasciné par ce moment, ce chant, ce refus d'être dans le monde moderne ! C'est comme si… je découvrais enfin des vrais Apaches d'autrefois en Arizona ! En fait, quand on va de désert en désert, on se rend compte de la similitude des mœurs et des habitudes. Le climat guide les tribus, qu'elles soient sur les continents africain, asiatique (les nomades du Rajasthan), ou américain. Ce sont les derniers qui disent non.

 
Egypte, 1975
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Les pyramides en Egypte sont omniprésentes dans la mémoire, dans l'Histoire, dans l'art, dans le spectacle, dans tout. C'est un pays extraordinaire. J'y étais en 1977, bien avant ce qui se passe maintenant qui bouleverse tout, le passé, le présent… Evidemment, quand on visite en touriste, on veut les voir, ces monuments qui fascinent depuis longtemps notre enfance ! Ce décor où Alix et Enak, les héros de Jacques Martin se rencontrent (dans Le Sphinx d'or), où Blake et Mortimer arrivent même à entrer à l'intérieur de l'une d'elles ! (dans Le Mystère de la grande pyramide)…
Un jour, en entrant dans un temple avec peu de lumière, apparaît… une pyramide, en fait une ombre en forme de pyramide, à l'envers, si mystérieuse, si magique, que, bien sûr, je fais une photographie !

 
Organ Pipe, National Park, Arizona, 1980
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Miniature de désert à Organ Pipe, en Arizona. En marchant dans les immenses espaces de l'Ouest américain, on se rend compte de la vie que devaient mener les Apaches, les Papagos, les Mescaleros, les Chiricahuas… C'est à pied, et à pied seulement, que se comprend, se sent, se respire, le vrai grand Ouest sauvage.
En le photographiant dans ces grandes marches avec Dan Zolinsky et Doug Keats, je me demandais comment rendre ça, et il m'est apparu que en faire des grands tirages était un non-sens total et redondant. Par contre, de minuscules tirages miniatures arrivaient à rendre la transparence infinie de cette lumière écrasée de soleil au pays des rattlesnakes et des scorpions. Et cette série devint « The garden of dust », (« Le jardin de poussière »Winking. Là, sur cette photo de fin de matinée, nous étions montés à pied, Dan et moi, sur le mont Ajo, proche de la frontière mexicaine. Pas de sentier, et même un peu d'escalade… plus tard on a appris que dans ce coin était la plus grande concentration de serpents dangereux possibles, brrrrrr ! Au loin, le Mexique. Des marches qui maintenant seraient impossibles avec la guerre entre les narcos et les policiers des deux bords de la frontière !


Arizona, 1980
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La piste qui va de Cochise à Tombstone… On n'est pas sur la route officielle mais sur les à-cotés, là où on peut découvrir encore le vrai Ouest. J'étais allé à Cochise déjà en 1970, et là j'avais rencontré la famille Brenner. Ruth était peintre, et en lui demandant pourquoi le village, pratiquement abandonné, où ils habitaient s'appelait Cochise, elle me répondit non seulement que c'était à cause du grand chef Chiricahua Cochise, ce dont je me doutais, mais aussi qu'il y avait encore un Cochise là-haut à Tombstone, Nino Cochise, le petit-fils ! Nous étions allés le voir, et je l'avais photographié  (voir la couverture du livre Les Cent Premières Années de Nino Cochise, aux éditions du Seuil) !
Cette région m'attirait toujours, et je continuais d'y retourner, encore et toujours, partout, dans tous les sens… La poussière derrière la piste, le coucher de soleil devant… Sacré nom de Dieu, quel pays !


La Isleta del Moro, 1989
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Françoise et les enfants en Andalousie. Ils étaient encore petits. Françoise est de là, d'Almeria. Onze oncles et tantes ! Son grand-père était conducteur de train entre Almeria et Grenade. Ses souvenirs d'enfance sont là.
Et nous voila partis là-bas, à essayer d'y vivre. Le coin ressemble à l'Ouest américain car c'est aussi un désert… D'ailleurs, c'est là qu'ont été tournés les westerns spaghettis, et une partie de Lawrence d'Arabie… Mêmes paysages de « Jardin de poussière » pour continuer mes photos de déserts en marchant…
Les enfants deviennent bilingues, ils vont à l'école du village. C'est une vie simple, en pleine nature. Un jour on voit plein de tanks, période de guerre au Moyen-Orient… Les gens qu'on rencontre sont très gentils avec nous. Ils aiment les enfants, ici ! Je vais souvent retrouver les amis de Madrid pour le boulot. Et suis engagé à photographier l'ile de Ténérife aux Canaries. Paysages de désert là aussi, en bas du volcan Teide.

Shane, 1980
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Shane est tout petit sur cette photo de 1980. Il a commencé à marcher là, en plein grand Ouest américain. Il cherche son équilibre, devant la grandiose Monument Valley de la région Navajo, là ou John Ford tournait ses films…
Pour moi, le papa frenchie élevé dans le mythe des westerns des salles de cinéma parisiennes obscures, c'est trop beau de voir mon petit bonhomme là, dans ce décor de rêve. Il s'appelle Shane, comme Alan Ladd dans L'Homme des vallées perdues ! La réalité dépasse la fiction… On est dans le décor des westerns ! Pour y vivre, pour de vrai !

 
La Isleta del Moro, 1989
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A la plage de La Isleta del Moro, en Andalousie, en hiver, personne. C'est une passion, et aussi une vraie philosophie d'aller dans les coins sauvages hors-saison… La vraie Méditerranée n'est pas toujours ensoleillée ! Là, en pleine Andalousie, on se croirait… en Ecosse ! Les deux petites vagues sont amoureuses ! Le ciel est gris, comme au fin fond d'un Loch écossais, du moins c'est ce que j'imagine, n'y étant jamais allé.
Pourtant, on est au pays des corridas, du flamenco, du bruit, et là, ce moment, ce lieu, ne parle que de calme, de tranquillité, on entend le clapotis des vagues, et on est loin… Aller hors-saison dans ces coins-là, c'est y respirer des moments authentiques. Aller dans les petites îles italiennes aussi, par exemple, en hiver, quand il n'y a presque personne, presque rien d'ouvert, c'est une manière de vivre. C'est un sujet qui me passionne, en photo, ces coins dans ces moments-là. Ce sont des lointains proches. Pas besoin d'aller loin, c'est tout simplement en Europe.


La Ciotat, la gare et les frères Lumière, 1995
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A La Ciotat s'étaient installés les frères Lumière, quel nom pour des gens d'images ! La famille, originaire de Besançon, paraît-il, avait élu domicile là. Et les frères Lumière y ont donc tourné plein de leurs merveilleux films, dont le célèbre Arrivée d'un train à La Ciotat ! En ville se trouve aussi le fabuleux cinéma Eden, qu'on dit être la première salle de cinéma au monde. Aussi, Braque peint ici en 1906 ! Et l'acteur Michel Simon s'y installa, et y recevait souvent Henri Langlois, le directeur de la Cinémathèque de Paris. L'histoire de l'image, là, dans la ville des chantiers qui ont construit tant de bateaux…
Un jour, je suis à la gare, un TER passe, et dans une fenêtre se découpent (ça se passe très vite, mais en photo il faut être extrêmement rapide) les frères Lumière comme s'ils étaient assis, qui sont en fait sur une affiche de l'autre coté, sur le quai d'en face ! Passagers de leur propre histoire, clin d'œil ! Aujourdhui le cinéma Eden va être réhabilité, c'est formidable, c'est un patrimoine mondial.

© PHOTOS & TEXTES : Bernard Plossu - Bernard Plossu est représenté en France par la Galerie "Camera Obscura"


Depardon : le bruit de la ville

L'exposition "Villes" de Raymond Depardon organisée à l'espace Le Carreau à Cergy réunit les plus belles photographies prises lors des voyages de l'artiste à travers douze villes du monde, de Tokyo à Paris, en passant par Addis-Abeba ou Shanghai. 

Exposition, du 25 Janvier 2013 au 3 Avril 2013.
Le Carreau, espace des arts visuels de la ville de Cergy
Avenue des Trois Fontaines
Parking du Marché Neuf (rue aux Herbes)
Quartier Grand Centre
95000 Cergy

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"J'ai aimé me perdre dans ces villes étrangères, je me suis efforcé de me dissimuler dans le flot des passants des rues animées de ces grandes cités. Pour quelques heures, pour quelques jours, j'étais un habitant, un peu particulier. Je restais étranger, mais j'étais adopté et protégé par la foule. J'ai toujours pris plaisir à ne pas me faire remarquer, à disparaître aussitôt repéré, à me fondre d'une rue à l'autre, sans chercher à me cacher, en restant un touriste un peu décalé, plutôt curieux mais toujours amateur.

Mon secret, aller vite comme les piétons de ces villes, pour respecter l'itinéraire de leur vie quotidienne. Comme j'étais acteur et marcheur, il me fallait sans cesse ne pas regarder, photographier, sourire et disparaître. Le hasard a toujours bien fait les choses. C'est vrai que chaque ville a son propre mouvement, travailleurs, chômeurs, étudiants, passagers ; tout est travelling et plan séquence dans une ville. D'un coté, j'arrêtais un moment banal et original avec ma caméra et mon film de cinq minutes, et de l'autre, je fixais un moment flou avec mon appareil photo, un instant éphémère qui allait disparaître à tout jamais.

Marcher dans une ville, c'est croiser des visages. Il m'est arrivé de croiser furtivement un beau visage de femme, puis un autre, et je me mettais à rêver de vivre dans cette ville, que ce soit ma ville et que cette femme soit mon bonheur. Mais en attendant, je vivais un autre bonheur, celui de rester un inconnu ; j'étais trop intimidé pour parler, même si j'étais protégé par mon statut de visiteur. Ma chance était de n'être jamais satisfait, il me fallait toujours aller plus loin et comme les villes sont grandes, il était facile de se perdre. Il m'arrivait de m'arrêter dans un café ou de rentrer à l'hôtel pour me dégriser des bruits de la rue qui m'envahissaient depuis le petit matin.


Trois jours dans chaque ville, à essayer de garder ce premier regard, avant de quitter la ville comme un voleur d'images. Mais souvent le dernier jour, je pouvais rester des heures sans photographier, ni filmer. Ce n'était pas seulement la fatigue de la marche, j'étais gagné par la ville, je prenais des habitudes et les souvenirs me revenaient, de vieux souvenirs… j'étais un gosse, soi-disant reporter, qui voulait changer le monde sous prétexte de témoigner. Toujours en transit, pour aller photographier les rebelles dans les montagnes, des paysans, comme mes parents, qui s'étaient transformés en combattants. La ville avait changé et moi aussi. Mes compagnons étaient une petite caméra A-Minima et un Bronica 645 et des films couleur. Labyrinthes modernes, les villes se photographiaient en couleur, c'était nouveau et hors du commun pour moi. Fini le blanc et le gris stylistiques, nous sommes dans un présent existentiel – peut-être plus dur au fond – où trottoirs et piétons, rivières et ponts, bords de mer et ports, pluie et soleil se ressemblent de plus en plus à travers les continents.

Aujourd'hui devant ces photographies, vous pouvez deviner mon itinérance, mes échecs, mes ratages, mes attirances, mes craintes, mes surprises, mes chances et mes bonheurs. Deuil et jouissance, tout se mélange maintenant avec le temps."

Texte © Raymond DepardonCrédit photo © Raymond Depardon / Magnum Photos - Shanghai, Chine, 2004.

Eva Besnyö au Jeu de Paume

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Eva Besnyö, 1910-2003 : l'image sensible

Artiste d’origine hongroise moins connue que ses compatriotes Robert Capa et André Kertész, mais “grande dame de la photographie néerlandaise”, Eva Besnyö est de ces femmes qui ont trouvé dans la photographie non seulement un métier mais une forme d’émancipation, et de ces artistes d’avant-garde, émigrés, qui choisirent l’Europe comme terrain de jeu et de travail. La première rétrospective que consacre le Jeu de Paume à Eva Besnyö met en lumière le travail de cette photographe dont la carrière s’est enrichie des villes qu’elle a traversées.

En 1930, alors qu’Eva Besnyö (1910-2003) arrive à Berlin, tout juste âgée de vingt ans, avec en poche un certificat attestant sa formation dans le studio de Jozsef Pesci à Budapest, elle a déjà pris deux décisions majeures : faire de la photographie son métier, et quitter définitivement la Hongrie fasciste. Besnyö découvre à Berlin une métropole démocratique dans son mode de vie et très ouverte sur les expériences artistiques. Ayant trouvé du travail auprès du photographe de presse Peter Weller, elle sillonne la ville jour après jour avec son appareil photo, en quête de motifs sur des chantiers de construction, près du lac Wannsee, au zoo ou dans les stades.

Son sens politique très développé la pousse à quitter Berlin à l’automne 1932 pour gagner Amsterdam. Soutenue par le cercle qui gravite autour de la peintre Charley Toorop, du cinéaste Joris Ivens et du designer Gerrit Rietveld, Eva Besnyö – qui a épousé entre-temps le caméraman John Fernhout – se fait bientôt connaître du grand public. En 1933, une exposition personnelle organisée dans la galerie Van Liert, de renommée internationale, lui vaut de devenir célèbre aux Pays-Bas pratiquement du jour au lendemain. Quelques années plus tard, elle consolide sa réputation avec ses photographies d’architecture, qui traduisent en une “Nouvelle Vision” l’idée du “Nouveau Bâtiment” fonctionnaliste.

Dans la seconde moitié des années 1930, Besnyö s’engage très activement dans la politique par le biais de ses activités culturelles, en participant notamment, en 1936, à l’exposition antiolympiades “D-O-O-D” (De Olympiade onder Diktatur). L’année suivante, elle est commissaire de l’exposition internationale “foto ’37” qui se tient au Stedelijk Museum à Amsterdam. L’invasion des troupes allemandes, en mai 1940, l’oblige, en tant que juive, à vivre dans la clandestinité. Après la guerre, elle est séduite par une vision du monde façonnée par l’humanisme, et ses photographies, stylistiquement décisives dans le développement du néoréalisme, trouvent parfaitement leur place dans l’exposition “Family of Man” (1955).
Mère de deux enfants, elle a connu – et vécu – de façon profonde et très personnelle le conflit classique pour les femmes, du choix entre l’éducation de ses enfants et la pratique de sa profession ; dans les années 1970, elle s’engage donc dans le mouvement féministe “Dolle Mina”, réclamant l’égalité des droits et rendant compte avec son appareil photo des manifestations de rue.

Avec plus de 120 tirages d'époque et de nombreux documents originaux, cette première rétrospective en France vise à faire connaître au public cette artiste, cosmopolite convaincue et grande dame de la photographie néerlandaise.

EXPOSITION DU 22 MAI AU 23 SEPTEMBRE 2012
Jeu de paume
1 place de la Concorde
75008 Paris
Mardi de 11h à 21h.
Du mercredi au dimanche
de 11h à 19h.
Fermeture le lundi,
y compris les jours fériés.
Tél. 01 47 03 12 50


© Sans titre
1931
(Garçon au violoncelle, Balaton, Hongrie)
Eva Besnyö

© jeudepaume.org

Arles rend hommage à Koudelka Arles : hommage à Koudelka le Gitan

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C'est un livre mythique. Un jalon de l'histoire de la photographie. Il y a eu New York, de William Klein (1956), The Americans, de Robert Frank (1958) puis, en 1975, Gitans, la fin du voyage, que Delpire, en France, et Aperture, aux États-Unis, ont publié simultanément. La fin du voyage peut-être, mais le début de la gloire pour le Tchèque Josef Koudelka qui, avec cet ouvrage, a marqué des générations de photographes. À l'époque, tout le monde a voulu être Koudelka, avoir son regard, sa liberté, sa capacité à se fondre dans son sujet. Le hic : le livre ne respectait pas la maquette prévue à l'origine par l'auteur, en 1968, deux ans avant qu'il ne quitte son pays natal.

Quarante ans plus tard, alors que l'album est épuisé, Koudelka a obtenu de son ami Robert Delpire une nouvelle édition conforme aux intentions de départ. "Voici donc Gitans auquel je n'ai pas collaboré. J'ai décidé d'en publier la version française, bien que je n'aie pas l'habitude d'éditer un ouvrage pour lequel je n'ai participé ni au choix des images, ni à la maquette, ni à la production", tient à préciser l'éditeur dans une courte postface. Au nom de leur compagnonnage, il a tout de même dit oui à Josef. Quelque quarante photos ont été rajoutées, l'aire géographique s'est étendue, l'ordre a changé, le grain est devenu plus mat et l'enchaînement, plus rapide, des images, moins sacralisées par la mise en page, crée un effet de récit. Le titre, également, est simplifié : Koudelka Gitans. Comme pour établir une équivalence entre le photographe et ce peuple dont il a fait la connaissance dès 1962, à l'âge de 24 ans.

Aura incomparable

La photo n'est alors pour lui qu'un hobby. Koudelka découvre les Gitans en Slovaquie orientale, près de l'Ukraine, où il travaille comme ingénieur aéronautique, métier qu'il abandonnera en 1967. Il se lie à eux grâce à la musique, que cet ancien étudiant de l'Université populaire de Prague pratique en amateur : violon, cornemuse, accordéon, autant de sésames pour accompagner et apprendre à regarder cette communauté jusque-là au mieux négligée, au pire persécutée. Comme jadis Edward Curtis avec les Indiens d'Amérique ou Jacob Riis avec les pauvres hères des taudis new-yorkais, il va lui rendre sa dignité. Cette rédemption survient grâce à la poésie d'une image quasi picturale, digne d'un Goya quand il s'agit d'un homme murmurant à l'oreille de son cheval qui l'écoute religieusement, la tête inclinée en signe de respect. Koudelka ne prend pas au vol, il compose, orchestre, distribue premiers plans et profondeur, hiérarchise centre et périphérie, échafaude des superpositions, qui tissent sans parole, à l'intérieur du cadre, les liens multiples et puissants de ce peuple vivant en autarcie.

La magie opère au prix de ce travail invisible qui n'entrave en rien la spontanéité. Au contraire. Cadrés, théâtralisés par l'art de Koudelka, la vitalité, le deuil, les traditions et leur noblesse se trouvent nimbés d'une incomparable aura. C'est la rencontre d'un regard et d'un sujet. D'un homme qui a senti d'assez près un peuple pour s'en éloigner le temps d'une photo. Koudelka immortalise ces Gitans pendant plusieurs années, sans savoir que, bientôt, il va devenir un des leurs. Le Printemps de Prague, dont il fut l'un des principaux témoins avec de célèbres images qui passèrent anonymement à l'Ouest - il ne reconnut en être l'auteur qu'en 1984 -, a tranché le lien qui l'unit à son pays : il s'exile en 1970. Adoubé par Henri Cartier-Bresson et l'agence Magnum, il poursuit son travail sur les Gitans en Europe de l'Ouest avant d'errer de pays en pays, au nom d'une liberté qui s'accompagne d'une absence de compromis. Koudelka vit et pense photo 24 heures sur 24. Peu à peu, les hommes ont cédé la place aux paysages, qui lui laissent plus de temps. Ces derniers mois, il a travaillé sur le mur, en Israël. Tout un symbole pour un homme dont les photos ont justement renversé des murs.

En savoir plus sur l'exposition : Rencontres d'Arles 2012



Josef Koudelka, "Roumanie, 1968". © Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Magnum Photos.

Ralph Gibson en images

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Le photographe américain fait l’objet d’une monographie qui vient de paraître aux éditions Contrejour. Le livre relate en images ses dix premières années de jeunesse, depuis ses photographies de rue inspirées par Cartier-Bresson et Robert Frank (dont il fut l’assistant en 1967) jusqu’à son installation définitive à New York. En parallèle, les éditions Contrejour sont à l’honneur aux rencontres photographiques d’Arles, jusqu’au 23 septembre, où une importante rétrospective leur est consacrée. Maison consacrée à la photographie, elle a fait connaître sur près de quinze ans, à travers plus de 150 publications, nombre d’artistes alors inconnus. Leurs noms ? Jeanloup Sieff, Robert Doisneau ou encore Willy Ronis…

© Ralph Gibson - Leda - 1974

Le siècle de Cartier-Bresson

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Henri Cartier-Bresson. Ses images, sa voix et la musique de Bach. L'écrivain Pierre Assouline propose une traversée du XXe siècle vu par le grand photographe (1908-2004), dans undocumentaire épuré et pertinent présenté en avant-première aux Rencontres photographiques d'Arles.
"Nous sommes des voleurs mais pour donner", explique Cartier-Bresson, qui s'avoue "timide et culotté dans ce film de 52 minutes, intitulé "Le siècle de Cartier Bresson". Coproduit par Arte France, Cinétévé, la Fondation Henri Cartier-Bresson et l'INA, il sera diffusé le 21 novembre sur Arte.
Pierre Assouline avait noué des relations d'amitié et de confiance avec le photographe les dernières années de sa vie. Il a pu avoir accès à ses archives pour écrire une biographie, "Cartier-Bresson. L'oeil du siècle", publiée en 1999 chez Plon.
"Depuis plusieurs années, j'avais envie de faire un film particulier, sur le siècle de Cartier-Bresson vu par lui", explique le journaliste à l'AFP. Dans ce documentaire, "toutes les images que l'on voit, c'est Henri Cartier-Bresson qui les a prises, toutes les paroles que l'on entend, c'est lui qui les a dites, toute la musique que l'on écoute, c'est Bach, qu'il mettait au-dessus de tout".
Seule exception, quelques portraits du photographe, notamment lorsqu'il est prisonnier des Allemands pendant la guerre.
Pour le film, Pierre Assouline a revu presque tous les clichés du photographe de Magnum, sélectionnant des icônes et des images moins connues. Il a écouté les interviews réalisées par HCB. Puis il a bâti un récit autour de ce "grand bourgeois anarchiste" devenu un mythe.

Ne "pas trafiquer"
Fils d'un industriel du fil de coton et d'une mère issue d'une vieille famille normande, le jeune Cartier-Bresson, impulsif et colérique, aime peindre et dessiner. Chez les scouts, son totem est "anguille frémissante" car il ne cesse de s'échapper. Il ne se plaît pas au lycée et rate son bac.
"Je ne suis pas nerveux. Je suis impatient. C'est le temps qui passe", confie-t-il dans le film.
Formé par le peintre André Lhote, Cartier-Bresson contracte le goût de la géométrie. Une déconvenue amoureuse et il part pour l'Afrique. Il vit en brousse, découvre l'exploitation coloniale. Cela "m'a révolté jusqu'à la fin de mes jours".
De retour à Paris, il choisit de devenir photographe, fréquente les surréalistes. En 1932, il achète un Leica. L'artiste a trouvé son instrument. La photographie sera pour lui comme un "couperet" qui "saisit l'instant".

Témoin de son époque

La lutte des Républicains espagnols, la libération de Paris, saisis sous son objectif ou sa caméra. Avec David Seymour et Robert Capa, Cartier-Bresson fonde la coopérative Magnum. "Nous voulions être les témoins de notre époque".
En Inde, il photographie Gandhi juste avant son assassinat. En Chine, il assiste à la prise de pouvoir des communistes. Se rend plus tard en Union soviétique.
"Arriver à pas de loup, être discret (...) Si on force les gens, on n'obtient rien", souligne Cartier-Bresson qui recherche "la simplicité, le naturel, le détail vivant, juste".
Cartier-Bresson photographie des artistes comme Pierre Bonnard, Alberto Giacometti, Pablo Picasso mais peine à saisir les acteurs car "ils connaissent trop bien leur métier".
Avec lui, pas de recadrage ni de retouches. Il ne faut "pas trafiquer". Il n'aime pas la couleur qui n'a "pas la force d'abstraction" du noir et blanc.
En 1970, il abandonne le reportage photographique pour revenir à sa première passion, le dessin. Mais il garde jusqu'à la fin un Leica dans la poche de son blouson.

© Henri Cartier-Bresson - Magnum Photos - Berlin ouest - Le mur de Berlin - 1962

Horacio Coppola, photographe du Buenos Aires des années 30, mort à 105 ans

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Horacio Coppola, photographe argentin formé au Bauhaus, avait immortalisé la ville de Buenos Aires dans les années 1930, dans un livre aux cadrages modernistes, devenu célèbre autant qu'introuvable. Horacio Coppola est mort dans cette même ville à l'âge de 105 ans, le 18 juin.
Né dans une famille d'origine italienne à Buenos Aires, Horacio Coppola a d'abord eu pour premier amour le cinéma. C'est même lui qui, à 23 ans, fonde le premier ciné-club du pays en 1929. Acoquiné avec les avant-gardes artistiques, influencé par Le Corbusier comme par le futurisme, il fait ses premières photographies en 1926 : des expérimentations proches de l'abstraction puis des vues de la capitale, surtout de nuit. Celles-ci deviendront célèbres, notamment grâce à l'écrivain Jorge Luis Borges, qui, en 1930, insiste pour qu'elles illustrent son livre Evaristo Carriego, consacré au poète du même nom.




EXIL À PARIS ET LONDRES
Après des voyages dans plusieurs pays d'Europe, Horacio Coppola s'installe à Berlin, où il étudie au Bauhaus, la célèbre école d'arts appliqués fréquentée par nombre d'artistes d'avant-garde. Il réalise un film expérimental, Traum (1933), avec le metteur en scène Walter Auerbach, et rencontre la photographe Grete Stern, étudiante au Bauhaus, qu'il va épouser. Lorsque le Bauhaus ferme, sous la pression du régime nazi, Grete Stern, juive allemande, menacée par le régime, s'exile à Paris et à Londres, où Horacio Coppola la suit. Il fait des portraits d'artistes, de Chagall à Miró, et réalise des courts-métrages : Les Quais de la Seine, ou A Sunday on Hampstead Heath, tourné à Londres. Mais, devant la guerre qui menace l'Europe, le couple finit par rentrer en Argentine, profitant d'une invitation du magazine littéraire Sur à exposer ensemble.



LE CHOC DE L'ANCIEN ET DU MODERNE
Le couple, qui aura deux enfants, fréquente le milieu artistique argentin et ouvre un studio de portraits et de photos publicitaires, qui finira par péricliter faute de clients. Horacio Coppola adopte le Leica et continue ses expérimentations : des plans serrés d'objets du quotidien transformés en sculptures, et toujours ses vues de la ville de Buenos Aires.
En 1936, il publie son livre Buenos Aires, qui sera réédité plusieurs fois et est aujourd'hui considéré comme un jalon important de l'histoire photographique. Il crée des scènes dramatiques avec les éclairages publics ou les lumières des cafés, il joue avec les façades, les trottoirs et les balcons pour renverser les perspectives, il photographie le choc de l'ancien et du moderne, les enseignes publicitaires, les grands magasins, les coins sombres de la ville.
Un peu oubliée dans les années 1970, l'œuvre d'Horacio Coppola a été redécouverte par la suite, avec une exposition à la Fundación San Telmo de Buenos Aires. Pour ses 100 ans, le Musée d'art latino-américain de Buenos Aires (Malba) a organisé une rétrospective de son œuvre.

Le Paris étrange d'Eugène Atget au musée Carnavalet

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C'est aussi par les images qui en sont faites qu'une ville existe. Le musée Carnavalet, musée de l'histoire de Paris, présente plus de 200 images réalisées par Eugène Atget de 1898 à 1927. S'attachant à cartographier le vieux Paris, ses métiers, ses passages et ses intérieurs, le photographe a retenu, vers la fin de sa vie, l'attention de l'américaine Berenice Abbott (récemment exposée au Jeu de Paume). Trois institutions s'unissent pour réunircet ensemble exceptionnel : Carnavalet, la Fundación Mapfre, à Madrid et la George Eastman House de Rochester. Une série ayant appartenu à Man Ray est présentée, permettant de montrer l'influence d'Atget sur le surréalisme.

À découvrir dans cette sélection de photos qui montrent le Paris d'Eugène Atget, à la fois étrange et familier.
EUGÈNE ATGET
25/04/2012 > 29/07/2012
Musée Carnavalet
PARIS

© Eugène Auget

RSF: un album de Martin Parr pour la liberté de la presse

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Un journaliste tué tous les cinq jours... A l'occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse, le 3 mai, RSF dévoile la nouvelle formule de sa collection "100 photos pour la liberté de la presse" lancée il y a vingt ans. L'ouvrage, dont les recettes sont intégralement reversées à l'association, met à l'honneur le photographe britannique Martin Parr. 


Pour Reporters Sans Frontières, la Journée internationale de la liberté de la presse est l'occasion de rappeler les dangers auxquels sont exposés, quotidiennement, les acteurs de l'information dans de nombreuses régions du monde. Avec ce constat glaçant : en 2012, un journaliste est tué tous les cinq jours. Depuis janvier, l'ONG déplore la mort de 21 journalistes et de 6 net-citoyens couvrant des zones de conflit comme la Somalie et la Syrie. 

Loin des clichés sanglants témoignant des exactions commises dans ces régions, "Les 100 photos de Martin Parr pour la liberté de la presse" sont consacrées au tourisme de masse. Ballade à cheval en Turquie, séance de bronzage improvisée sur une plage artificielle (et bondée) au Japon, ou encore contemplation du Sphinx de Gizeh, en Egypte, viennent illustrer le travail critique du photographe britannique. 20 images inédites, réalisée pour RSF en Thailande et au Cambodge, agrémentent cet album. 

Partisan d'un tourisme responsable, Martin Parr estime que " les voyages touristiques sont une forme moderne de pèlerinage et les photos qui en résultent, la récompense ultime ". Ses clichés visent à montrer le décalage entre ces pèlerins modernes, conditionnés à visiter les mêmes endroits de la même façon, et la réalité des lieux qu'ils explorent. 
Confronté à la concurrence d'internet, le photojournalisme requiert des compétences qu'il est nécessaire de préserver, et de saluer. Depuis 1992, RSF publie ainsi trois albums de ce type par an. Leurs recettes constituent 50% des ressources de l'organisation. 

http://boutique.rsf.org/products/100-photos-de-martin-parr-pour-la-liberte-de-la-presse

Helmut Newton raconté par la femme de sa vie

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A L'OFFICIER MONÉGASQUE, HELMUT NEWTON lâche en 1981 : "J'aime le soleil ; il n'y en a plus à Paris." Le photographe quitte la France pour Monaco l'année où François Mitterrand prend le pouvoir. Afin de payer moins d'impôts. Il s'installe, avec sa femme June, dans une tour ocre, où il faut s'annoncer au concierge italien derrière son comptoir. Depuis la terrasse blanche, au 19e étage, la vue sur la mer fait chavirer l'oeil. Les mouettes frôlent la balustrade. En bas, une piscine immense, où l'artiste se relaxait entre deux prises de vue. Face à nous, des palmiers plantés sur les toits d'immeubles. A gauche, le Monte Carlo Beach Hôtel, où Newton se rendait dans une Jeep bleu, conçue pour lui. Une tente louée à la saison l'attendait pour y passer ses coups de fil. « C'était mieux qu'une matinée foutue à Paris chez le dentiste", commente June. La terrasse perchée des Newton est un observatoire idéal pour un voyeur. Lors d'une visite, en 1993, il y avait un télescope. Un détail nous intriguait. Pourquoi est-il orienté vers le bas et non vers les étoiles ? "Regardez dedans", répondit Newton. Dans le viseur, à une cinquantaine de mètres, est apparue une salle de bains. "J'adore regarder chez les autres." Elle appartenait à un célèbre couturier. "Chaque matin, je le vois siéger sur son trône, pas celui de la mode."

Par une belle matinée de mars, nous retrouvons June Newton sur la terrasse de Monaco. Son Helmut est mort en 2004, après avoir fracassé sa Cadillac contre un mur du Château Marmont, l'hôtel des stars à Hollywood, où le couple a passé l'hiver pendant près de trente ans. Helmut n'est plus là et il est partout dans cet appartement qui respire l'insolence, le goût dissonant, la provocation. Au mur, une grande lithographie de Roy Lichtenstein côtoie une silhouette de femme nue en fer forgé. Partout, des milliers de livres. Sauf aux toilettes, où il faut bien viser pour ne pas outrager un grand nu à 200 000 dollars qui jouxte la cuvette. Une de ses photos les plus célèbres.

Helmut Newton était un des plus grands photographes de la deuxième moitié du xxe siècle. Un des rares dont le public connaît le nom. Chez lui, les images qui marquent la rétine sont d'une densité phénoménale. Dire cela fera hurler. Car l'homme a poussé loin l'incorrection. "Le terme "correct" évoque pour moi les régimes fascistes", tranchait-il. Un cliché paresseux s'est imposé, qu'il a pris un malin plaisir à ne pas démentir : Newton est un photographe de mode aux images lourdement sexy, qui déshabille et maltraite les filles, facture cher, ne s'intéresse qu'aux riches, tire le portrait de Stéphanie de Monaco, mène grand train, porte des baskets blanches, manie l'humour à tout-va, répète qu'il est un "mercenaire". Tout est vrai et tout est faux. "Helmut vivait à l'opposé du monde clinquant qu'il photographiait, se souvient son ami, l'éditeur José Alvarez. Je me souviens du rituel plateau-télé, le dimanche soir, avec du pintadeau dans l'assiette." Pierre Bergé [l'un des actionnaires du Monde, ndlr], qui a bien connu Newton pour ses campagnes de publicité Yves Saint Laurent, confirme : "Helmut ne flambait pas. Il vivait sa vie."

Il n'est pas sûr que son image va s'améliorer avec la rétrospective en 240 images que lui offre le Grand Palais pour fêter le printemps. Les photos sont trop serrées dans un espace qui n'est pas celui que l'on réserve à Monet ou à Picasso, et le catalogue manque d'ampleur. "C'est la meilleure exposition sur Helmut, corrige June, mais il est dommage qu'elle n'arrive pas de son vivant." Pour cela, il aurait fallu que la France puritaine des musées l'aime. Elle ne l'aime pas. "Elle a été lamentable", dit même Pierre Bergé. José Alvarez est plus cru : "Les gens ont été si cons en France..." Newton en a été blessé mais il ne le montrait pas. Ce trait vient de loin. "Ma mère me disait toujours : "Si tu as des ennuis, Helmut, ne nous en parle pas, parles-en au médecin."" Des ennuis, il en a eu, notamment un coeur fragile, qui l'a tué. Mais sinon, quelle vitalité ! Elle a éclaboussé partout où il est passé, et surtout à Berlin, Paris et Monaco, les trois villes où il a forgé sa légende.

À BERLIN, IL AVAIT TOUT POUR LUI. Helmut Neustädter voit le jour dans une famille de la haute bourgeoisie qui le choie. Un chauffeur le conduit à l'école. C'est un garçon entouré de femmes et qui se construit autour de la sensualité. Dans son livre Autoportrait (Robert Laffont, 2004), il se souvient, à 4 ans, de sa nounou "à moitié dévêtue devant un miroir" et de sa mère "portant une combinaison en satin, exhalant le parfum Chanel nº 5". Il dévore Arthur Schnitzler et Stefan Zweig, ses écrivains du désir, mais aussi des magazines coquins, où "rien ne figurait jamais en toutes lettres". A 12 ans, il prélève 3,50 marks de son argent de poche pour acheter son premier appareil photo. A 14 ans, il découvre l'amour charnel. Il nage comme un dieu. Son visage est magnifique, qui aura l'insolence de le rester en vieillissant. "Il a cette allure racée de la Mitteleuropa, une figure qui a disparu de notre monde", estime Pierre Bergé.

Berlin la sensuelle est aussi la capitale où les nazis le traitent de sale juif et détruisent son père. Helmut est contraint de tout quitter, seul, à 18 ans. Il saute dans un train pour Trieste, puis s'exile en Asie. Les rares fois où il évoquera cette douleur, il le fera sur le ton de la plaisanterie. Avant qu'il ne tire le portrait de Leni Riefenstahl, l'ancienne photographe du IIIe Reich, en 2000, elle lui lance : "Helmut, c'est la vieille nazie qui se fait belle pour le petit juif." Il adore, et n'est pas en reste : "A mon avis, elle est encore amoureuse d'Adolf." Plus tard, il nous confiera : "Un portrait est peut-être plus intéressant quand on déteste la personne."

Le nazisme forge un caractère optimiste, un corps qui fuit l'hiver, et un homme qui ne compte que sur lui. "Quelles que soient les circonstances, je pense d'abord à moi." Il fuit la politique, n'a jamais voté, ne défend aucune cause, hormis la sienne. Il s'invente un personnage universel, adopte un nom anglais, possède un passeport australien. ""Newton", c'est la ville nouvelle et la nouvelle vie", commente José Alvarez. Newton pardonnera à Berlin de l'avoir chassé. Il y retourne parfois et donne son accord, peu avant de mourir, pour qu'une fondation ouvre à son nom dans un palais néoclassique. Et, pour boucler la boucle, il est enterré à Berlin, dans le cimetière des célébrités, pas loin de la tombe de Marlene Dietrich qu'il admirait tant.

Ses grandes photos de bourgeoises inquiètes, traquées par le regard des hommes, évoquent ses démons berlinois. June Newton va plus loin : "Ces femmes qui révèlent leur nudité sous le manteau de fourrure, que Helmut fait poser dans des lieux publics, une rue, le métro, ou à l'arrière d'un taxi, sous des yeux anonymes, viennent de là. Cela vient aussi de sa fascination pour la République de Weimar. Helmut est un vrai Berlinois, pas un monstre, mais un homme fasciné par cette période de créativité décadente. Il est resté le little boy obligé de quitter son pays, devenu un taxi driver qui m'a prise comme passagère de sa vie."

APRÈS BERLIN, IL DÉBARQUE À SINGAPOUR ET DEVIENT GIGOLO. Photographe de presse, aussi, mais il n'est pas doué. "Il me racontait que lorsqu'il regardait dans le viseur, l'événement était déjà terminé", rigole June. Il rejoint l'Australie, où il s'engage dans l'armée, avant de s'établir comme photographe de mode après la guerre. Mais il s'ennuie. Trop loin du monde. Il quitte l'Australie avec l'actrice shakespearienne June Browne, qu'il a épousée. Ensuite, c'est Londres, mais il déteste. Va pour Paris, la capitale de la mode. June, qui était une star de la télévision à Londres, sacrifie sa carrière. "Helmut m'a répété que la photographie sera toujours son premier amour, et moi le second", dit-elle, devenant à son tour une photographe réputée, sous le nom d'Alice Springs.

Quand le couple débarque sous la tour Eiffel en Porsche blanche, Helmut a 37 ans et pas de temps à perdre. "Dès mon arrivée, je sais que c'est là que je veux travailler." Les magazines Elle et surtout Vogue, auquel il collabore vingt-trois ans, le sacrent roi de la mode. Helmut Newton se forge à Paris un style qui s'écarte résolument des codes du genre. Il nous l'avait résumé ainsi : "Imposer un sujet, le mettre en scène, mais suggérer une histoire qui a une ambiance de réalité, comme si l'image était publiée dans un quotidien d'actualité et non un magazine de mode, voilà les grandes questions." C'est en transformant la mode en fait divers qu'il incarne une époque. Avec deux références en tête. Brassaï pour ses vues nocturnes de prostituées et de malfrats. Et l'Allemand Erich Salomon, qui fut le paparazzi des hommes politiques et diplomates dans les années 1920-1930.

Rencontre avec June Newton :




Comment concilier rapidité et mise en scène ? En travaillant vite, ce qui peut surprendre. Deux jours maximum pour une séance. "Sinon, je m'ennuie." Son équipe est légère : un assistant, un seul appareil qu'il tient dans les mains, comme le reporter. Une ou deux pellicules, trois au maximum. Pas d'éclairage savant, plutôt la lumière naturelle. Il évite le studio pour lui préférer le décor vivant. "Une femme ne vit pas sur un fond de papier blanc : elle s'occupe de la maison, de son travail, sa voiture, ses enfants, ses amants", nous disait-il. Les lieux ? Une rue, une chambre d'hôtel, la plage, une décapotable... Il s'écarte peu de chez lui. "A Monaco, il a beaucoup fait de photos dans le garage de notre gratte-ciel", confie June, qui se souvient d'un épisode savoureux : "On lui prête un jour une villa de milliardaire. Il a mis les filles dans le parking avec le jardinier. Le propriétaire a dit : "My God !" José Alvarez conclut : "Je n'ai jamais compris comment il arrivait à de tels résultats avec trois fois rien."

NEWTON PEUT ALLER VITE CAR IL SAIT EXACTEMENT CE QU'IL VEUT. "Il ne sortait jamais de la maison sans une idée", explique June. Comment il la trouve ? Avec ses yeux. Violetta Sanchez, mannequin et égérie, raconte : "Un jour, pour Saint Laurent, j'étais dans une cabine avec d'autres mannequins en attendant d'essayer des robes. On était presque nues. Helmut nous voit et il a un flash dans la tête : "On dirait un bordel avec les filles qui attendent d'être appelées." Peu après, il a fait une séance à partir de cette idée." La lecture des journaux est également centrale. "Les images qui m'ont inspiré sont dans les quotidiens." June, encore : "Toutes ces images, que les gens trouvaient bizarres, elles ne le sont pas vraiment, elles viennent de ses lectures du Monde ou du Herald Tribune. Elles viennent de films, de romans... Un jour, il tombe dans le journal sur une chaise électrique ; une semaine après, il a mis une fille dessus. Il a tout mélangé dans sa vie." Dans son lit, la nuit, muni d'une petite lumière pour ne pas réveiller sa femme, il note tout sur un carnet. Il en possédait des centaines. Il se réveille pour écrire : "Sueur sous les aisselles, lèvres gonflées, baiser, épaule de l'homme, main de la femme, intérieur du coude, interaction des muscles, homme-femme nus à mi-torse."

Si Helmut sait ce qu'il veut, les mannequins ne connaissent qu'une partie de l'histoire. "Il donnait une idée, mais on ne savait pas où ça allait, raconte Violetta Sanchez. Il m'appelle un jour, et me lance : "Otto Dix, ça te dit ?" Et il m'a photographiée nue avec un monocle. La photo est monstrueuse, car j'étais très maigre. Mais je l'ai autorisée, car c'est Helmut. J'ai eu le privilège de travailler avec lui pendant vingt ans." Elle cite encore ce moment où, juchée sur une table, elle doit fixer un point vers le haut. "Sans rien me dire, il a attendu qu'un gros chien fixe la même chose." Elle ajoute : "Tous les photographes ont fait marcher un mannequin dans la lande. Mais chez Helmut, par le choix du vêtement, le regard impossible de la fille, le spectateur doit se demander ce qu'elle fout là."

Helmut Newton se rêvait en paparazzi et il en fut un. Non pas des gens connus mais des âmes perdues, des fantasmes communs. Il met à nu le profil féminin qu'il connaît le mieux : "La bourgeoise parisienne de 30-32 ans, qui habite dans le 16e arrondissement, a trop d'argent, trop de temps et cherche l'aventure." Son modèle ? Catherine Deneuve dans Belle de jour, de Luis Buñuel. Il est souvent question de sexe, de pouvoir, de domination, d'argent, dans ses photos. Et de provocation. Pour la marque Hermès, il n'hésite pas à accrocher la selle d'un cheval sur les reins d'une écuyère à quatre pattes sur un lit. "Le patron de la marque a failli avoir une attaque, se souvient June en rigolant. On ne comprend rien à Helmut si on ne voit pas qu'il veut casser le système de la mode." Au collectionneur Bernard Lamarche-Vadel, il dit sans ambiguïté : "Je suis très attiré par le mauvais goût, beaucoup plus excitant que le prétendu bon goût, qui n'est qu'une normalisation du regard." En 1979, il décrit ainsi, dans la revue Egoïste, pour laquelle il a travaillé de 1977 à 1984, son attrait pour les ambiances sado-maso : "Je garderai toujours un faible pour les chaînes : c'est presque comme des bijoux." Après avoir photographié Margaret Thatcher, il nous confie : "L'imaginer faisant l'amour alors qu'elle est la première dame d'Angleterre, c'est la chose la plus excitante au monde." José Alvarez se souvient de son ami arrivant en retard à un dîner, en plein Mai-68 : "Il trouvait sexy les CRS casqués avec leurs boucliers."

José Alvarez est persuadé que tout cela n'est que posture, que Newton a beaucoup triché sur ses sentiments. "Il pouvait être cassant, il adorait tenir en public le rôle du naughty boy, le mauvais garçon facho et misogyne, alors qu'avec ses amis, il était un gentleman d'une grande élégance, qui parlait l'allemand châtié de l'aristocrate prussien." Pierre Bergé va dans le même sens : "C'est un anti-bourgeois absolu, qui s'est élevé contre le bon goût dominant, sans être vulgaire. Comme Yves Saint Laurent. Misogyne ? Oui. Mais les grands artistes ne font pas une oeuvre pour être sympathiques."

Son sens de la provocation lui a valu de multiples attaques pour misogynie, notamment aux Etats-Unis, où il fut longtemps blacklisté. L'expert en photographie Philippe Garner raconte que des étudiants l'attendaient de pied ferme, lors d'une conférence, pour lui jeter à la figure de la viande crue. Le paradoxe est que des féministes sont restées muettes devant l'avalanche de photos de mannequins minaudant sur papier glacé, mais ont cloué au pilori Newton, celui qui a transformé la femme en forteresse imprenable. Car l'essentiel est là. Chez Newton, la femme est rarement une victime. Violetta Sanchez en est convaincue : "Il est sur le fil du rasoir avec toutes ces femmes qui semblent dire : "Je suis à poil mais je sais me défendre.""

Newton n'hésite pas à aborder une inconnue pour lui dire qu'il la trouve sexy. C'est dans le travail que le mannequin devient un objet aussi nécessaire que l'appareil ou qu'un "pot de fleurs", explique June. Son mari est lui-même très clair : "Le mannequin est payé pour faire ce que je veux." Va-t-il plus loin que d'autres ? "Il pouvait être sadique", avouent Nicole Wisniak et José Alvarez. Alors que Newton fait poser Loulou de la Falaise en tenue légère, dans un jardin, par un froid polaire, la muse de Saint Laurent finit par craquer : "Je suis bleue." Réponse du photographe : "ça n'a pas d'importance, c'est du noir et blanc." José Alvarez a vu Newton à l'oeuvre : "Il a fait adopter des positions impossibles aux femmes pour donner forme au muscle de la jambe. Il a attaché un célèbre mannequin noir comme une esclave, jusqu'au moment où elle s'apprêtait à le frapper. Il était sans limites."

VIOLETTA SANCHEZ SE SOUVIENT DE MANNEQUINS PANIQUÉS, d'autres secoués par Helmut quand il les trouve peu concentrés. "Il me disait : "Cette fille, elle ne donne rien, c'est un veau." Helmut ne tolère pas de fausse pudeur. Mais s'il y avait de la drague avec nombre de photographes, avec Helmut, jamais. Les photos étaient perverses, mais lui, non. Rien de libidineux. Passer à l'acte n'était pas à l'ordre du jour." June Newton confirme : "Helmut répétait qu'un photographe peut faire l'amour avec une fille ou la photographier, mais pas les deux en même temps." Elle précise : "Il a passé presque tout son temps à photographier ces filles. Et puis il est toujours revenu."Les duretés de l'animal n'ont pas empêché Kate Moss, Karen Mulder, Monica Bellucci, Cindy Crawford ou Claudia Schiffer de travailler pour lui. "Tous les mannequins rêvaient de poser pour Helmut. Car il était un formidable accélérateur de carrière", dit Violetta Sanchez. Son type de femme, pour une photo, était la belle plante aux formes généreuses, l'amazone aux jambes interminables, la femme tankée. Souvent, il photographie d'abord en couleur le mannequin portant une robe griffée, puis il l'invite à se déshabiller et imagine une scène en noir et blanc. "J'acceptais toujours, explique Violetta Sanchez. Chaque fois, il me donnait un portrait dédicacé en cadeau. Il n'y a que lui pour m'avoir dit un jour : "Quand tu seras vieille et moche, tu pourras le vendre."

Les motifs sexuels occultent ses compositions, à la fois modernes et classiques. Presque rigoristes. A Nicole Wisniak, il confie : "L'ordre, j'aime beaucoup cela. J'adore l'efficacité. Je n'ai pas beaucoup de sympathie pour le dilettantisme." C'est palpable dans ses multiples campagnes de publicité pour Yves Saint Laurent, le styliste qu'il admirait le plus par sa façon de façonner la "femme idéale". "J'ai l'impression qu'il a toujours été avec nous, dit Pierre Bergé. Yves laissait Helmut libre." Le sommet de leur collaboration est sans doute ce portrait de femme androgyne avec une cigarette à la main, portant un tailleur pantalon durant l'été 1975. C'est la nuit, rue Aubriot, à Paris, là où il habite à l'époque. La synthèse parfaite entre la poésie de Brassaï et l'expressionnisme allemand. Entre Paris et Berlin.

Le déménagement à Monaco est perçu par beaucoup comme un exil doré. "Tout le monde pensait que sa vie artistique était terminée", raconte June. C'est tout le contraire. Du reste, si les grands photographes ont souvent tout dit à 30 ans, Newton gagne en puissance à 60. Il ne lève pas le pied dans la mode mais il élargit son registre. Jusqu'ici, June était une formidable boîte à idées pour son mari, quand il était en mal d'inspiration. Cette dernière raconte un moment où tout a basculé : "Un jour, il trouvait que je roulais trop vite. J'ai arrêté la voiture, et je lui ai dit : "Tu penses que tu es un génie..." Il m'a répondu : "Non, pas un génie, mais je crois que j'ai un esprit tordu." Il a ajouté : "June, c'est la dernière fois que je serai le passager..." C'était sa façon de me dire qu'il n'avait plus besoin de mes idées. Et il a fait évoluer son style, entreprenant un énorme travail."

CET ÉNORME TRAVAIL, POURSUIVI JUSQU'À SON DERNIER SOUFFLE, est plus froid, féroce, clinique, libre, net - il détestait le flou. Et ouvertement sexuel. Il explore résolument la photo de nu avec ses fameux Big Nudes : vingt et une femmes vêtues de talons aiguilles posent frontalement sur fond blanc. C'est un choc quand on découvre ces très grands formats dans une exposition au Musée d'art moderne de la ville de Paris, en 1984, qui marque l'acte de naissance de l'artiste Newton. Il y a aussi ce fameux diptyque, Sie kommen (1981) : quatre femmes marchent vers nous, d'abord nues, puis élégamment habillées. Cette oeuvre a été vendu 241 000 dollars, chez Christie's, à New York - le record de l'artiste. "Helmut était fasciné par les images de suspects que la police aligne pour identification par des témoins, explique June. Il avait aussi en tête les photos d'identité de criminels au tournant des XIXe et XXe siècles. Il avait enfin découpé dans un journal la photo d'une brigade antiterroriste, en Allemagne, où étaient affichés sur le mur, à taille réelle, des portraits de la bande à Baader. Il a d'ailleurs d'abord nommé la série de nus The Terrorists." Pourquoi Sie kommen ? ""Ils arrivent !", c'est l'exclamation des soldats allemands dans les bunkers, en Normandie, voyant surgir les bateaux ennemis."

Newton ose tout, y compris des photos pornographiques. Avant de recevoir des amis à dîner, il demande à June de lui apporter le poulet qu'une femme, portant un bracelet Bulgari, découpe. "La star, c'est le poulet, pas la femme", commente José Alvarez. Son obstination à tout transformer en photos, chaque jour, peut faire peur. Dès que June veut faire un testament, il biaise : "Junie, laisse-moi faire mes petites photos..." Quand on lui rappelait qu'il était daltonien, il s'amusait : "Ça ne m'a pas empêché de voir."

A voir :


 "Helmut Newton", au Grand Palais, av. Winston-Churchill, Paris-8e. Tous les jours, sauf le mardi, de 10 à 22 heures. De 8 à 11 euros. Jusqu'au 17 juin. www.rmn.fr/helmut-newton

Bande annonce de l'exposition :


Helmut Newton, l'exposition - la bande annonce par Rmn-Grand_Palais
 
Catalogue de l'exposition Helmut Newton, 1920-2004, édition RMN, 256 p., 35 euros.

A lire :


"Helmut Newton. Work", éditions Taschen, 280 p., 39,99 euros.
"Helmut Newton. Sumo", révisé par June Newton, éditions Taschen, 464 p., 99,99 euros.
"Helmut Newton. Polaroids", éditions Taschen, 224 p., 39,99 euros.
"Alice Springs. Photographs", éditions Taschen, 144 p., 29,99 euros.

© Helmut Newton
© Michel Guerin - M Style - Le Monde

Brassaï : sa rencontre avec Matisse

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La Ville de Nice vous invite à découvrir deux expositions consacrées à l’œuvre de Brassaï proposées simultanément par le musée Matisse et le Théâtre de la Photographie et de l’Image, intitulées : Brassaï photographe. Sa rencontre avec Matisse. Les vernissages de ces expositions se dérouleront le même jour en présence de Muriel Marland Militello, adjointe déléguée au Rayonnement Culturel, aux Affaires Européennes et à l’Organisation des Jeux de la Francophonie. Le vendredi 24 février 2012 à 12 heures 30 au Théâtre de la Photographie et de l’Image et à 19 heures au musée Matisse. Le Théâtre de la Photographie et de l’Image propose un large panorama de l’œuvre photographique de Brassaï. Le musée Matisse expose des images choisies selon des thématiques mettant en relation les œuvres du peintre et du photographe.

Cette exposition rend hommage au legs de Gilberte Brassaï, consenti à la Ville de Nice au profit du musée Matisse et réalisé en 2011.
C’est sous ce pseudonyme de Brassaï, qui signifie « de Brassó »  tiré de son lieu de naissance, que Gyula Halász a su s’imposer comme l’un des plus grands photographes du XXe siècle. Evoluant au cœur du Paris artistique des années vingt, reconnu pour ses clichés du Paris nocturne dès 1932, il ne s’est pourtant jamais laissé enfermer dans cette seule activité. Artiste protéiforme, il a également touché à la littérature, le dessin, la sculpture et s’est emparé de la photographie comme seul un artiste peut le faire.

Théâtre de la Photographie et de l’Image Charles Nègre 27, boulevard Dubouchage - Nice - 33 (0)4 97 13 42 20 - www.tpi-nice.orgOuvert tous les jours de 10h à 18h sauf le lundi et certains jours féries - Entrée libreMusée Matisse 164, avenue des Arènes de Cimiez – Nice –33 (0)4 93 81 08 08 (rens.) Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le mardi et certains jours fériés.

SOURCE : http://www.pacainfoeco.com/actune/2012/fevrier_2012/120216.expo_brassai_nice.php

Berenice Abbott, image par image

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L'“héritière” américaine du photographe Eugène Atget a fait son chemin entre Paris et New York. Portraits, photos scientifiques et témoignages urbains… tout est au Jeu de paume, à Paris, jusqu'au 29 avril.

Le portrait d'Eugène Atget accueille le visiteur de l'expo­sition Berenice Abbott au Jeu de paume, à Paris. Forcément. Comment aurait-il pu en être autrement ? Pour la photogra­phe américaine, tout commence vraiment avec la rencontre de ce beau vieillard. Beau et usé d'avoir trimballé pendant des décennies sa lourde chambre photographique en bois sur les pavés du Vieux Paris promis à la démolition. Il pose de profil, dans un manteau élimé, trop grand, trop lourd pour ses épau­les qui s'affaissent. En cette année 1927, Atget vient de perdre la femme de sa vie. Abîmé dans le chagrin, il a tout de même accepté de se laisser photographier par l'Américaine, sa voisine de Montparnasse, qui lui voue une admiration sans borne. Elle est subjuguée par ses clichés de vieilles façades, de ruelles saisies à l'aube, désertes, fantomatiques, de portes anciennes, de vieilles fontaines, de heurtoirs emplis de poésie.
Ce misanthrope cultivé doit lui aussi être séduit par cette jeune femme aux cheveux courts habillée à la garçonne. Une originale au caractère entier. Comme lui. Issue d'une famille pauvre de l'Ohio, Abbott a fui dès ses 18 ans son Midwest natal et conventionnel n'ayant que le mariage à lui promettre en guise d'avenir. Elle s'est mêlée à la bohème de Greenwich Village, à New York, avant de s'embarquer avec six dollars en poche sur un transatlantique pour le Paris des Années folles et des avant-gardes artistiques. D'abord embauchée par Man Ray comme assistante dans son florissant studio à Montparnasse, elle ouvre deux ans plus tard son propre atelier et devient - elle aussi - célèbre pour ses portraits, ici exposés. Elle fixe les facéties de Cocteau cajolant une poupée, la ténébreuse silhouette de Gide, l'élégance racée de James Joyce. Et Atget, remarqué un temps par les surréalistes, mais qui vit dans l'isolement et la misère.

Tout commence par une fin Le vieil homme meurt quel­ques jours après la prise de vue. La jeune femme rachète son fonds d'images et réussit à force d'articles, de livres, de conférences, d'expositions à faire reconnaître son œuvre - imposant à chaque fois que les images d'Atget soit présentées dans les galeries de Paris, Stuttgart ou New York, à côté des siennes. Le style documentaire du Français, sobre, poétique, va profondément influencer Walker Evans, Bill Brandt ou Henri Cartier-Bresson, et toute la photographie du XXe siècle. Une bien belle histoire. Mais souvent les biographes ne considèrent Abbott que pour cela. Alors que, pour elle, tout ne fait que commencer.
En 1929, la jeune femme retourne à New York pour une courte visite. En huit ans, la métropole s'est métamorphosée. Abbott est grisée par l'énergie de cette ville qui se met debout, se dresse en pleine dépression économique avec ses gratte-ciel constellant désormais Manhattan. Elle quitte Paris et son prospère studio pour témoigner de la disparition d'un monde. Comme Atget pour Paris, chamboulé par les chantiers d'Haussmann.

New York en chantier

Abbott attend, cinq ans, un soutien institutionnel, en l'occurrence l'aide gouvernementale du New Deal. Au cœur de la grande dépression, rien ne l'abat. Elle enregistre les traces d'un monde ancien avec ses vieilles boutiques de statuaire, ses colporteurs et leur charrette à bras. Elle témoigne de l'émergence d'un nouvel ordre qui réduit tout sur son passage. Du sommet d'un gratte-ciel, elle résume l'affaire par une plongée vertigineuse sur un vieux quartier de Broadway et son église, encerclé, minuscule, englouti par les murailles de béton. En 1939, Abbott publie Changing New York, un témoignage sans équivalent sur ses dix années de prospection. Comme elle l'avait déjà fait en 1930 avec l'édition d'Atget, photographe de Paris, de part et d'autre de l'Atlantique.
Pour la photographe, la publication de livres est fondamentale. Cela permet de diffuser un savoir. Professeur à l'école d'avant-garde New School of social research, elle croit au pouvoir éducatif de l'image, « une façon d'initier les personnes de tous âges et de toutes conditions aux réalités de notre monde ». A condition que les clichés soient pris dans un esprit documentaire, « réaliste », « sans effet artistique ». L'esprit d'Atget, qui concevait ses photos comme une simple documentation pour ses clients - des peintres, des sculpteurs, des architectes.
A peine son travail sur New York achevé, elle se lance dans la photographie scientifique. La vulgarisation de la science est, selon elle, le grand défi à relever. Encore une idée pionnière qu'elle mène pendant dix-huit ans en solitaire, sans soutien, jusqu'au lancement du Spoutnik en 1957. « J'en ai sauté de joie, c'était la fin de mes soucis », dit-elle. Et elle avait raison. Paniqués par l'avance technologique de l'URSS en pleine guerre froide, les Etats-Unis mettent très vite le paquet sur l'enseignement scientifique. Engagée par le Massachussetts Institute of Technology (MIT), elle réalise des images sur des principes de physique, destinées aux ouvrages scolaires. Elle comparait ses clichés de champs magnétiques, de réfraction d'ondes aquatiques, de structures de bulles de savon - rendus possible par d'ingénieuses inventions techniques de son cru - à des « portraits intimes de la pensée scientifique ». Elle adorait ces photos, « les plus réalistes » de son travail, disait-elle.


Cette rétrospective - la première en France - raconte ce parcours hors norme d'une pionnière, ayant également parcouru (en 1954) six mille kilomètres de la côte Est pour documenter un mode de vie américain en voie de disparition. Toujours sans soutien. Berenice Abbott était combattue par les cénacles artistiques tenus par les hommes. « Le monde redoute les femmes indépendantes. On ne les aime pas. Pourquoi ? Je l'ignore et je m'en moque », disait-elle, peu avant sa mort en 1991, à l'âge de 93 ans.

SOURCE : http://www.telerama.fr/scenes/photographies,78350.php
INFOS EXPO : http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1499&lieu=1

Exposition gratuite « Doisneau, Paris Les Halles » à l’Hôtel de Ville

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Du 8 février au 28 avril 2012 (tous les jours sauf les dimanches et fêtes), au Salon d’accueil rue de Rivoli, la Mairie de Paris présente l’exposition « Doisneau, Paris Les Halles », à l’occasion de la sortie du livre-catalogue éponyme de Vladimir Vasak, édité par Flammarion.


Robert Doisneau (1912 - 1994) fait partie, avec Willy Ronis et Édouard Boubat, des photographes français les plus connus du public, et les plus célèbres à l’étranger, grâce à certaines de ses photos comme « le Baiser de l’Hôtel de Ville » (1950, vendue en 2005 à l’occasion d’enchères qui furent passionnées, à un Suisse anonyme au prix de 155 000&euroWinking, ou à ses prises de vue des rues du Paris de l’après-guerre.


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Les oiseaux 1973 © Atelier Robert Doisneau

Graphiste de formation (École Estienne), graveur, lithographe, il deviendra photographe publicitaire, puis industriel, avant d’intégrer en indépendant en 1946 l’agence Rapho.
On l’a décrit comme un « passant patient », grand guetteur d’anecdote, et son œil, non dépourvu d’humour, peut frôler, selon les images, nostalgie, ironie ou tendresse. La vie à Paris, son actualité, et le Paris populaire feront l’objet de sa part d’un grand nombre de reportages, lui qui couvrit également des sujets plus « exotiques » comme traitant de l’URSS, des Etats-Unis et de nombreux autres pays dont la Yougoslavie.
Ses photos paraîtront dans des magazines comme Life, Paris Match, Réalités, et Point de Vue par exemple.
Sa carrière de photographe sera récompensée de nombreuses distinctions dont les prix Kodak en 1947, Niepce en 1956, le Grand Prix national de la Photographie en 1983 et le prix Balzac en 1986. Ses travaux firent l’objet de grandes expositions (dont Chicago et Oxford) et de nombreuses publications.


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Triporteur aux Halles © Atelier Robert Doisneau

Avec le thème de cette exposition, Robert Doisneau est au cœur même de son sujet de prédilection, puisque la première photo qu’il prît des Halles date de 1933. Il restera fidèle à ce quartier durant 40 ans, revenant sans cesse le visiter, le flairer, prendre son pouls, suivre ses mutations et chacune de ses nouveautés.
Quand, dans les années 1960, les Halles seront menacées, l’inquiétude et la colère de Robert Doisneau le pousseront à tout voir, et à tout photographier. C’est alors que son regard, esthétique et sociologique, deviendra proprement patrimonial.
Cette exposition présentera au public 150 à 200 tirages, pour la plupart vintages, éloges de la vie grouillante du « ventre de Paris », du génie de Baltard, et du vertige qui saisit les Parisiens devant l’énorme béance que constitua le trou des Halles.
Une salle sera spécialement consacrée aux photographies en couleur des années 1960, permettant ainsi un regard nouveau, aussi bien sur le quartier des Halles que sur l’œuvre de Robert Doisneau.
Avec le témoignage de ce grand photographe du XXe siècle sur l’un des quartiers les plus emblématiques de Paris, la Ville poursuit l’exploration de son histoire et celle de ses habitants.


Commissaires de l’exposition : Annette Doisneau et Francine Deroudille.
Une rétrospective Robert Doisneau, se tiendra du 24 mars au 16 mai 2012 au Tokyo Metropolitan Museum of Photography (Japon).
Salon d’accueil de la Mairie de Paris 29 rue de Rivoli 75004 Paris 01 42 76 50 49 Du 8 février au 28 avril 2012

+ d'infos sur l'exposition "DOISNEAU, PARIS LES HALLES"